Au secours ! Je suis perdu !
L'INSTRUCTION RELIGIEUSE DANS L'ECOLE

Note des éditeurs

La conférence de M. Paul Bert, que nous publions aujourd'hui, a pour sujet : l'Instruction religieuse dans l'école. A la veille du jour où va être inaugurée, dans toutes les écoles primaires de France, en vertu d'une loi dont il est l'auteur principal, l’Instruction morale et civique, M. Paul Bert a voulu démontrer publiquement et pièces en main la nécessité, l'urgence de l'enseignement nouveau. Cette démonstration, on peut dire en toute rigueur qu'il l'a faite : il la faite en établissant, d'une part, la nullité de l'enseignement moral, et d'autre part, l’insuffisance, comme moyen d'éducation, de l'instruction religieuse telle qu'elle est le plus souvent donnée, il l'a achevée en invoquant les droits de la raison naissante de l'enfant et l'intérêt supérieur de la Patrie.
Il ne nous appartient pas de faire ici l’éloge de cette pièce d'éloquence. L'opinion publique s'est prononcée tout d'abord ; après elle, il n'y a plus rien à dire sur la valeur intrinsèque d'une pareille œuvre. Mais elle tire des circonstances au milieu desquelles elle s'est produite une valeur extrinsèque qu'il est permis de mettre en lumière.
Cette conférence a été prononcée au profit de l'école laïque libre et de la bibliothèque du XXème arrondissement de Paris. Elle a donc servi de motif principal à l'une de ces fêtes populaires, si nouvelles, si particulières à la France, dont le trait original est d'être à la fois des réjouissances et des bonnes oeuvres. Ces fêtes sont les premières que se donne notre société laïque enfin délivrée d’entraves : elles inaugurent une ère nouvelle. Un jour on cherchera avec une admiration pieuse les monuments de cette époque, qu’on nommera l’âge héroïque de la liberté de penser. Voici l'un de ces monuments : c'était un devoir à nos yeux d'en assurer la conservation.
Ce n’est pas tout : les arguments dont est pleine cette conférence, la plaidoirie qu'elle constitue en faveur des écoles laïques et en faveur des bibliothèques populaires - ces écoles laïques des adultes - portent plus loin que le XXème arrondissement de Paris. Ils méritent d'être écoutés partout. Les laisser tomber dans l'oubli serait mal servir la cause de l'instruction nationale.
Enfin, une autre cause - non moins urgente, non moins digne d'être défendue - et qui triomphera par l'organisation de l'enseignement moral et laïque, c'est l'affranchissement de l'instituteur. L'instituteur a trop longtemps subi un contrôle étranger et hostile. Cette intervention d'une puissance extérieure dans l'école avait pour prétexte la dépendance de l'instruction morale à l'égard de l'enseignement religieux. En les séparant, on délivre l'instituteur d'un joug qui a pesé sur lui trop longtemps. Cette séparation, la loi l'a ordonnée. Nul n'était mieux à même de justifier une pareille mesure que l'homme dont l'inspiration a présidé à la confection de cette loi de liberté.